E.K.D.P. : Ecole de Karate Do Parisienne


Les origines du Karate



Introduction : de l'Inde aux Ryukyu

Le Karate, et le Shotokan en particulier, est à la fois un art martial très ancien et extrêmement moderne. Très ancien, car il est très difficile de remonter le temps sans se perdre parmi toutes les théories et autres légendes qui concernent la naissance des arts martiaux. Extrêmement moderne, car le Karate que nous pratiquons aujourd'hui est en constante évolution depuis un siècle.

Si l'on en croit la majorité des experts, le Karate serait en grande partie issue du Kung Fu Shaolin. Ce dernier étant une application martiale des exercices de renforcement corporel importés des Indes par un moine nommé Bodhidharma entre le 5e et le 6e siècle ...

Peu de textes expliquent la relation entre le temple de Shaolin et Okinawa. Des études très sérieuses et intéressantes ont été effectuées, mais au final, tout n'est que supposition. Pendant de nombreux siècles, il paraît vraisemblable que le commerce entre la Chine et le Japon, uniquement fait par l'intermédiaire des Ryukyu, ait permis un transfert de connaissances des techniques martiales chinoises vers Okinawa. Il s'avère également que, vers la fin du 19e siècle, de jeunes okinawaiens s'enfuyaient en Chine pour éviter le service militaire ou partaient faire leurs études sur le continent.

Ces séjours, plus ou moins longs, permirent à de nombreuses personnes d'apprendre des techniques de défenses chinoises qu'elles pouvaient facilement retransmettre dès leurs retours.

Le développement de l'Okinawa-Te et des différences de styles

Beaucoup de textes racontent que le peuple Okinawaien aurait appris à se défendre à mains nues au cours de multiples occupations militaires étrangères. Mais il semble que l'histoire interne de l'île d'Okinawa ait toujours été mouvementée. Malgré la proximité imposante des chinois et des japonais, cette île resta indépendante et fut longtemps divisée en 3 royaumes jusqu'à la fin du 13e siècle, où l'unification entraîna la première interdiction du port d'armes à l'exception des militaires et de la famille royale.

Bien sûr, plus tard, d'autres interdictions de port d'armes et de pratique des arts martiaux se succédèrent après les invasions étrangères. En conséquence, les paysans d'Okinawa n'eurent pas d'autres options que de se défendre avec leurs propres moyens pendant très longtemps.

Ces multiples interdictions expliqueraient, au moins en partie, l'origine du grand secret entourant l'enseignement du combat à mains nues ( « Te », « Tote » pour « main de Chine » ou encore « Kempo ») à Okinawa, et pourquoi il se serait développé en silence sur cette petite île pendant plusieurs siècles.

Trois villes sont souvent citées dans les ouvrages : Naha, Shuri et Tomari. Il arrive que nous entendions parler respectivement de Naha-Te, Shuri-Te et de Tomari- Te. Mais plus que d'avoir trois styles de Te totalement différents, nous pouvons supposer qu'au moins un expert résidait dans chacune d'entre elles. La séparation géographique de ces villes étant quasiment inexistante, les différences de styles étaient certainement peu importantes à l'origine.

Cependant, vers la fin du 19e siècle, les écoles de Shuri et Tomari furent rassemblées sous l'appellation de Shorin. Ce nom rappelle l'origine des techniques employées dans ces écoles : Shaolin, et de manière plus générale, la Chine du nord. Les kata provenant de ce courant sont caractérisés par des mouvements souples, rapides et légers.

Tandis qu'à Naha, on commençait à parler de Shorei. Les techniques provenaient plutôt de la Chine du sud. Les pratiquants recherchaient la puissance, une plus grande stabilité dans les positions et travaillaient beaucoup la respiration ventrale.

Ce n'est que vers 1905, sous l'impulsion de l'expert Anko Itosu, que l'Okinawa-Te est introduit progressivement dans les écoles. Il modifie les techniques de bases afin de pouvoir les enseigner sans danger aux enfants, privilégiant notamment le poing fermé à la main ouverte. A partir des principaux kata qu'il connaît, il créait la série de kata Pinan combinant l'essentiel de l'Okinawa-Te et la simplicité d'apprentissage. Peu de temps après, on en vint à s'inspirer des méthodes d'instruction militaires de déplacement et de salut pour faciliter l'entraînement de masse. Tous les éléments étaient réunis pour transformer progressivement un art de combat (notion japonaise exprimée par le terme de « Jutsu ») en outil de développement de l'individu (notion japonaise exprimée par le terme « Do »).

Les débuts du Karate au Japon

Plusieurs experts d'Okinawa vinrent au Japon pour essayer d'enseigner leurs arts entre 1920 et 1930. Mais, c'est vers 1921 qu'un instituteur d'Okinawa fait une démonstration devant l'empereur du Japon. Son nom est Gichin Funakoshi. Jigoro Kano, le fondateur du Judo, reconnaît aussitôt la valeur de cet art martial et incite Funakoshi à rester sur le sol nippon afin de faire connaître son art.

Ainsi, au lieu de rentrer directement dans son île natale, Funakoshi commence à enseigner le Kempo au Japon. Il cible son public en enseignant principalement dans les universités. En pariant sur la jeunesse, il pensait déjà à la diffusion du Karate sur un long terme. Mais en parallèle, il rédige des livres afin de faire connaître son art au plus grand nombre.

Il semblerait d'ailleurs que le terme "Karate" soit employé pour la première fois dans l'un de ses ouvrages "Ryû-Kyû Kempô : Karate" en 1922. Quelques années plus tard, il préconisera l'appellation "Karate-Do".

Rappelons qu’au Japon des années 1930, les relations sino-japonaises n'étaient pas au beau fixe, c'est pourquoi les experts d'Okinawa finirent quasiment tous par accepter de masquer l'origine du kempo et parler de "main vide" ( « Karate » ) plutôt que de « main chinoise ».

Références :
cf. "Best Karate" (Vol 1) de M. Nakayama p130
cf. "Karate-Do Nyumon" de G. Funakoshi p24
cf. "Karate jutsu" de G. Funakoshi p24
cf. "Karate-Do Kata : 5 Heian, 2 Tekki" de T. Kase p7

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